vendredi 4 juillet 2025

Le creux de la vague

Ah, le temps qui passe ! Défilé de journées qui s'enchaînent les unes après les autres comme les heures sur une horloge. On peut même les compter, et les nommer! Le 1, le 2, janvier, février, Deuxième trimestre, troisième trimestre...

Ou alors longue et interminable journée où l'on ne distingue plus les jours des nuits, si ce n'est par la couleur des ciels ?

Tout dépends de la personne à qui l'on s'adresse.

Avant je trouvais toujours le temps trop court, ou trop long.  J'avais souvent hâte que la nuit se termine pour pouvoir être le lendemain. Ces douces nuits que je considérais comme du temps perdu. Ah comme j'ai souhaité ne pas m'endormir dés que ma tête touchait l'oreiller.

Je parie que toutes les mamans de la terre qui écrivent digressent sur le sommeil. Ces journées à rallongent qui se fondent l'une dans l'autre, ces nuits qui n'en sont pas. Cette impression d'interminable.

Il faut l'avoir vécu une fois pour savoir que cela va s'arranger. Cette longue journée va se terminer à un moment et je vais retrouver ce rythme en deux temps qui permet un vrai repos. Jour. Nuit. Ce sommeil réparateur, celui grâce auquel je peux vraiment ressentir l'hier, l'aujourd'hui et le demain.

Pour le moment je dois constamment faire un effort pour me rappeler d'appuyer  mentalement sur RESET chaque matin.

Ne pas tomber dans le désespoir et accepter les différences ou les similitudes de chaque journée. Les rendre artificiellement différentes les unes des autres pour ne pas sombrer dans la folie. 

Noter chaque petite chose à chaque instant. Être là, et pas à la dérive dans cette longue journée qui dure à n'en plus finir. 

Aujourd'hui on est sortie, aujourd'hui j'ai fait un repas, ce matin elle a dormi tard, cet après-midi elle s'est retournée pour la première fois, maintenant je suis là avec ma plus grande...

Il faut marquer le coup. Rendre chaque jour unique même si toutes ces petites choses paraissent insignifiantes. Ce sont ces petits évènements qui font que chaque jour est bel et bien différent du précédent, même si je ne parviens plus à le ressentir.

Comme toujours, c'est la posture au monde qui me sauve. Ca n'est pas moi qui doit changer, il n'y a rien de mal à ressentir cette langueur propre au début de la maternité. Si je parviens à changer de perspective, alors tout va bien. 

Et si chaque journée se font dans la précédente, je ne peux pas nier l'évidence : le temps passe. Il passe même très vite. Cette longue journée, c'est bientôt quatre mois.

Des fois, oui j'aimerais bien que le temps s'arrête. Que tout soit suspendu et que je puisse dormir, retrouver ce sommeil que je prenais pour acquis. Ou simplement rester là, assise, à prendre le temps remettre de l'ordre dans mes pensées emmêlées. 

Ca serait comme inspirer à nouveau après avoir retenu sa respiration pendant longtemps.

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La fatigue, cette nouvelle vie à quatre...me font parfois oublier que cette perception déformée du temps ne va pas durer. Ne reste plus que l'irritabilité, un brin de désespoir devant la longueur, la solitude et les répétitions. 

Les tempêtes d'émotions reviennent. Elles me balayent, ébranlent mes fondations. Je tremble de colère et d'indignation, d'injustice, de tristesse, plus de patience et l'amour bien enfouie. Elles se calment pour mieux revenir, encore, et encore. Je m'use à la longue.

La maternité m'a mise à nue, je n'arrive plus à cacher ma fragilité, cette vulnérabilité que tout agresse, les comportements , les mots, les jugements. Je me retrouve alors incapable de faire la part des choses, de me distancier, tout passe et je redeviens l'écorchée. 

Et puis la rage, aussi.

Toute cette énergie bloquée qui ne demande qu'à sortir, c'est effrayant la violence de ces tempêtes. Dans ces moments je ne me reconnais plus, je suis comme un pantin pour toutes ces énergies qui m'animent. Quand je suis fatiguée c'est la colère et le ressentiment qui me font tenir au détriment du corps, je ne suis plus qu'un réceptacle pour toutes ces ruminations. Un pantin à fleur de peau.

J'arrive toujours à  remonter la pente, mais de plus en plus péniblement je dois me l'avouer. Le prix à payer c'est un terrible épuisement mental et physique qui me laisse incapable d'enchainer deux pensées cohérentes.

Je finis par m'apaiser. Je retrouve un peu de joie, jusqu'au prochain épisode. Cycle maudit.

Ce cercle de la dépression, je l'ai vécu des milliers de fois  à travers l'histoire de ma famille. Alors je sais qu'il est possible de cheminer avec cette noirceur qui vous ronge de l'intérieur, ces tsunamis qui détruisent les semaines, les jours et les relations . J'allais écrire "vivre avec" au lieu du conciliant "cheminer", mais il s'agit plutôt de survit en fait. A-t-on vraiment le temps de s'installer dans quoique ce soit, de construire quelque chose de solide qui peut durer, lorsque les tempêtes menacent de frapper sans prévenir ? 

Pas sûr. 

Toutes ces vies balayées par les tempêtes, ces vies qui n'étaient pas les miennes, se sont imprimées en moi .C'est la colère qui m'a fait tenir tête quand la tristesse aurait pu m'emporter, étais-je destinée à répéter l'histoire, encore ? Ils incarnaient un futur sans saveur où la joie avait disparu.

J'ai grandi en rébellion mais paradoxalement j'ai quand même fais tout ce que l'on attendait de moi. Si je jugeais une adulte je dirais qu'il faut avoir le courage de défendre ses opinions, de dire non, de poser ses limites, sinon c'est l'abandon de soi assuré.

Mais je ne peux pas accuser une enfant d'avoir manqué de courage. Tout passe par l'apprentissage, conscient ou inconscient, et quand on manque ce train là...la vie devient une succession de combats à mener. 

Et quand je constate aujourd'hui que je suis la même direction, emmaillée de tempêtes et de tsunamis, que j'ai hérité des même tendances, que mes filles et mon compagnons me regardent couler  petit à petit...Je vois l'histoire qui se répète , malgré tout ce que j'ai entrepris pour me sortir de cette toile là. Et c'est terrifiant. 

Je veux juste vivre, pas survivre.

Ne pas m'effondrer systématiquement quand je suis dans le creux de la vague, et en ce moment j'y suis souvent.

Avoir la capacité de faire face à cette longue journée qui va durer encore quelques mois. 

Trouver le courage de demander de l'aide, de faire différemment.






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