vendredi 13 juin 2025

Le trou noir

Ondine vient d'avoir trois mois. 

Si seulement être une mère pouvait me suffire. Si seulement, pourvoir aux besoins de mon bébé et m'occuper de ma grande pouvait me suffire, peut être que ma tête s'en porterait mieux.

Mais j'ai vieilli en aillant pris l'habitude d'avoir besoin de plus, et je suis devenue douée à satisfaire tous ces besoins. Impossible de remettre le génie dans la bouteille une fois qu'il est sorti.

Grand besoin de solitude pour me rassembler, j'ai tendance à me diluer dans les besoins des autres.

Immense besoin d'activer mes mains pour créer quelque chose et garder confiance en moi.

Obligatoire besoin d'écrire pour vider le trop plein de pensées sous peine d'imploser.

Vital besoin de voir le ciel et les feuilles des arbres danser pour me rappeler que je ne suis pas que ce réservoir explosif de ressentiments et d'agitation. Il y a aussi la sérénité et le calme, là tout proche, il suffit de s'y connecter.

Souvent, j'étouffe ces besoins dans l'addiction. Vous savez, les smartphones, insta, netflix et compagnie. Ca soulage instantanément cet agacement, ca m'ancre quand je m'éparpille. Cinq minutes par ci, cinq minutes par là, ça me maintient à flot...ailleurs que dans mes pensées. 

Cinq minutes par ci , cinq minutes par là...ça n'est pas assez pour mettre de l'ordre dans ma tête, pas assez pour reposer mon corps qui donne tant à tout le monde, pas assez pour me rassembler. Avoir une heure de libre, c'est devenu un luxe ! le Graal !

C'était déjà pas évident avant la naissance de Bébé quand je m'occupais exclusivement de ma grande, mais là...L'être humain est capable d'une grande résilience. Je me sens comme un élastique étiré dans tout les sens. Au bout d'un moment, il en arrive à perdre sa forme initial, mais bon il fait toujours le job non ? 

Il y a des choses qu'on ne peut faire qu'en sous-estimant le coût qu'elles pourraient avoir. Ou en oubliant, ou en se disant qu'on sera capable de transcender l'épreuve. Il y a aussi le fameux, cette fois je ferais mieux, je serais plus, ca sera différent... 

Et bien non, on est comme on est. Et cette deuxième fois, je ne suis pas mieux.

Je pensais gérer mieux, la fatigue, la dilution de soi, la logistique à la maison...et en fait pas du tout.

Dépression post-partum.

Il faut bien l'écrire, assumer un peu quand même. Même quand je pense que ça n'arrive qu'aux autres (écueil d'un égo surdimensionné).

Comme un grand coup de surligneur fluo sur tout ce qui fait mal. Tout d'un coup, ça n'est plus possible d'ignorer ou de mettre sous cloche ces pensées qui font mal.

Je croyais que je gérais mieux le quotidien parce que je me suis appris à prendre du recul, à ne pas accorder trop de crédit à tout ce qui se passait entre mes deux oreilles. Prendre chaque jour comme il vient, chaque nuit presser le bouton reset et le lendemain matin repartir pour un tour.

 Les pensées ne sont que ça, des pensées. Comme des nuages dans un ciel, je suis le ciel, elles sont les nuages. 

Non le vrai problème c'est mon corps et toutes ces émotions incontrôlables qui passent leur temps à m'envahir.

Il y a le fourmillement des émotions quotidiennes, tout les petits hauts et bas d'une journée. Et puis il y a ces raz-de-marée qui arrivent sans prévenir et que je peine à contenir, à identifier, à nommer. Ces trucs, anciens, qui refont surfaces et qui font mal. Tellement mal que c'est insupportable. 

Alors arrivent la colère et la rage. Je fais et dis des choses que je regrette, je ne me reconnais plus dans ces brefs moments de violence où tout ce qui me tue à petit feu se retrouve projeté en sens inverse sur tout le monde autour de moi. 

Là plus question de patience, d'amour ou de tolérance. Que de la rage et de la colère,  il faut que ça sorte et vite ! La rationalité n'existe plus dans ces moments là, la réalité est toute distordue, il n'y a plus aucun sens des proportions.

C'est effrayant de se voir réagir comme ça, de ne pas comprendre son propre comportement, de devenir étrangère à soi même, même si cela ne dure qu'une minute, ça me laisse lessivée.

Et le prix de cet apaisement c'est la souffrance des autres qui font les frais de mes sautes d'humeur. Voilà maintenant l'autre facette de la dépression, la culpabilité.

Colère et culpabilité, cocktail explosif, servi tout les soirs ? 

Combien de fois puis-je demander pardon à l'autre avant que mes excuses ne deviennent vides de sens ?

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Toute petite, Céleste se posait beaucoup de question sur les trous noirs.

Nous avons donc regardé quelques vidéos documentaires sur le sujet. Je n'ai pas retenu les détails techniques mais j'en ai gardé une drôle impression de familiarité.

Comme ces corps célestes, je me trouve mise en mouvement malgré moi par la colossale force d'attraction du trou noir. J'ai beau faire, il m'aspire vers son centre. Et si périodiquement je crois arriver à garder la tête hors de l'eau et à  nager en sens inverse vers la sécurité de la rive, en réalité( si j'en crois la science) c'est simplement que je suis encore trop éloignée de la singularité pour commencer à me distordre. 

C'est une histoire tragique que ma tête aime ressasser quand je suis dans le creux de la vague. Le trou noir, à quel moment vais-je disparaître pour de bon ? 

Je sais que les histoires qu'on se raconte nous façonne, alors j'essaye de ne pas trop accorder de crédit à celle-là, c'est effrayant. 

J'imagine que j'aimerais plutôt m'en raconter une autre, plus optimiste qui laisse moins de place à ces énergies qui me consument. Arrêter de me battre pour contenir toute cette masse en mon centre, défaire les nœuds de ma singularité et ne plus m'abandonner à ce mouvement involontaire de repli sur soi. 


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